Hocine Mansour Metidji

Remise par la France des insignes d’Officier
du Mérite agricole à un algérien à Mostaganem

Sous le portrait du chef de l'Etat algérien, Abdelaziz Bouteflika, et en présence du consul général français à Oran et d'officiels algériens, c'est l'Ambassadeur, Haut Représentant de la République Française en Algérie en personne qui s'est déplacé à Mostaganem pour remettre les insignes d’Officier du Mérite agricole à M. Hocine Mansour METIDJI, un citoyen algérien. L'évènement a eu lieu un 4 novembre 2016 soit 3 jours après la célébration du 62ème anniversaire du déclenchement de la guerre de libération nationale.

A se demander pourquoi ce choix porté sur Hocine Mansour Metidji et pourquoi l'Etat français vient-il honorer un citoyen algérien chez lui alors qu'apparemment, il n'a rien apporté à la France? Depuis quand la France honore-t-elle les Algériens qui servent l'Algérie?

Quoiqu'il en soit, la France honore des Algériens ignorés par leur propre Etat. Un mois auparavant c'est Mme Dalila Nadjem, directrice et fondatrice d'une maison d'Éditions spécialisée dans  la publication de beaux livres et de livre d'arts 

Lisons le texte du discours.


Monsieur le Président, cher Hocine Mansour Metidji
Chère Madame,
Monsieur le Consul Général,
Chers amis,

D’abord, c’est toujours un immense plaisir mon épouse Isabelle et pour moi, mais aussi pour notre Consul général et sa femme ! de venir vous rendre visite dans cet endroit magnifique, et de profiter à nouveau de votre accueil généreux et chaleureux !
Mais aujourd’hui, j’ai aussi l’honneur de venir vous distinguer au nom de la République française en vous remettant les insignes d’officier du mérite agricole, cette décoration dont la signification est forte et profonde.

L’ordre du Mérite agricole compte parmi les ordres ministériels honorifiques les plus prestigieux. En effet, le célèbre ministre de l’Agriculture Jules Méline, à peine nommé, décida de créer une distinction spécifique pour récompenser les services rendus à l’agriculture. Le décret du 16 mai 1883 permet au gouvernement « d’honorer les serviteurs dévoués de l’agriculture » et plus tard ceux qui, dans le monde, contribuent à la coopération dans ce domaine avec notre pays. C’est dire, cher Président, combien c’est un honneur pour moi de remettre à la grande personnalité du monde agricole, hippique et de l’agro-alimentaire que vous êtes, cette prestigieuse distinction, cette décoration si populaire qu’on l’appelle fréquemment en France « le Poireau » en raison de sa couleur verte.

Vous avez œuvré tout au long de votre vie pour le développement des secteurs agricole et agroalimentaire, dans votre carrière mais également dans vos engagements personnels, et en faisant toujours une part privilégiée à la coopération entre nos deux pays. Avant de vous remettre vos insignes, laissez-moi retracer votre très remarquable parcours.

Vous êtes né en 1949, à Tiaret, dans un « écosystème » favorable, au sein d’une famille d’entrepreneurs, d’agriculteurs, de producteurs de céréales et de propriétaires terriens. C’est au sein de cette famille que vous allez développer le goût et le sens des affaires.

Car chez les Metidji, tout est une histoire de famille, et la présence de cet impressionnant cercle familial autour de vous, ce soir, en témoigne. En association avec vos frères, vous rachetez vos premières sociétés. Avec vos enfants, vous travaillez aujourd’hui à développer davantage les activités de votre groupe. Heureusement, prévoyant le succès de vos affaires, vous êtes l’heureux père de six enfants ! Attaché aux liens de nos deux pays, vous avez d’ailleurs choisi d’inscrire plusieurs d’entre eux à l’école des Roches, établissement international prestigieux installé en Normandie.

Avec vos frères donc, vous vous lancez dans votre première aventure en 1971, à l’âge de 22 ans, en vous déplaçant un peu davantage au Nord, à Relizane, et en rachetant la société oranaise de construction, ex Jossermoz Annecy, qui produit de la menuiserie industrielle et des cabines préfabriquées en bois. Cette société est en grande difficulté, mais vous en identifiez rapidement le potentiel et la redressez, en en faisant assez vite la spécialiste des cabines sahariennes, qui serviront dans les bases vies des compagnies pétrolières au sud du pays.

Toujours avec la complicité de votre fratrie, vous lancez au début des années 80 votre propre entreprise, la société INOXAL, spécialisée dans les produits à base d’acier inoxydable. Très vite, en 1986, vous créez une deuxième société, ETANCHAL, qui fabrique des produits d’étanchéité. Ces industries rencontrent le succès, et vous réalisez vos premières exportations dans les années 1990 vers la Russie. Vous décidez ensuite de vous séparer de vos premières sociétés de ne garder qu’ETANCHAL, pour en faire une industrie de pointe, avec un programme d’investissement extrêmement ambitieux, qui continue aujourd’hui. Je comprends que vous avez réalisé l’an dernier une unité d’oxydation de bitume et de conditionnement en pastilles ainsi qu’une unité de fabrication d’armatures de voile de verres et autres composites.

Quel rapport avec le monde agricole, me direz-vous ? Et bien, ce sens des affaires qui a si bien fonctionné dans ces industries, vous allez bientôt le mettre à profit dans la céréaliculture. C’est pour vous un retour aux sources, puisqu’il s’agit du domaine d’activité ancestral de votre famille. C’est également un choix stratégique, dans un pays grand consommateur de produits céréaliers.

Vous continuez ainsi votre cheminement vers le Nord et arrivez à Mostaganem en 2000 pour fonder Les Grands Moulins du Dahra, qui sont inaugurés en présence du Président Bouteflika. Ce complexe agro-industriel, aujourd’hui connu par sa marque emblématique SAFINA, est l’un des plus importants pôles de l’industrie céréalière de l’Ouest algérien. Je sais qu’il est très impressionnant, avec deux minoteries, une semoulerie, deux unités couscous et une unité snacks et cornflakes.

Vous complétez ce dispositif et étendez votre territoire en acquérant en 2005 deux nouvelles unités à Sidi Belabbès : les Moulins de Sig, que vous avez transformés en un grand complexe meunier doté de cinq unités de production, notamment dans la semoule et les pâtes alimentaires ; et la maïserie de Maghnia, complexe unique en son genre en Afrique qui alimente toute l’économie de produits dérivés du maïs et de l’amidon. L’un de vos projets les plus récents est la réalisation à Alger d’une unité de fabrication de produits sans gluten, qui sont de plus en plus populaires dans nos sociétés.

Ces expériences formidables montrent vos qualités d’entrepreneur, capable d’identifier les potentiels et les opportunités et de créer de la richesse, grâce à des investissements toujours avisés. Mais vous êtes également un très grand commerçant. Depuis les années 1990, vous avez en effet développé en parallèle de ces activités entrepreneuriales une société de négoce, le « Comptoir du Maghreb », qui reste spécialisée dans les produits alimentaires. Cette activité vous conduit d’ailleurs à investir dans les infrastructures, en réalisant un ensemble de silos sur le port de Mostaganem.

Que de projets réussis ! Mais votre carrière n’est pas achevée. Vous êtes aujourd’hui à la tête du groupe qui porte votre nom et qui regroupe tous ces différents projets, au sein de huit filiales qui couvrent cinq wilayas et cinq secteurs d’activité. Vous figurez au Top 500 des entreprises africaines et vous employez 1500 personnes. Vous contribuez par vos projets structurants au développement de cette région.
Votre engagement citoyen fait aussi de vous l’un des vice-Présidents du Forum des Chefs d’Entreprise (FCE), dont vous présidez la Commission en charge du développement des exportations, problématique stratégique pour l’économie algérienne de demain.

Au-delà de votre carrière d’entrepreneurs, vous avez également le souci de la terre, du terroir et du territoire dans vos engagements personnels, et notamment dans votre action en faveur du monde équestre – je rassure l’audience, nous ne parlons plus de nourriture. J’ai eu le privilège de visiter avec mon épouse les impressionnants haras que vous avez créés en 2012, et qui élèvent de magnifiques chevaux en s’appuyant sur les infrastructures et les équipements les plus modernes. Et c’est notamment en partenariat avec la France que vous avez développé la production de chevaux Selle Français, l’une des races les plus exigeantes, spécialisée dans le saut d’obstacle, qui occupe actuellement le podium du classement des races. En particulier, vous prenez une part active à l’amélioration de cette race en coopération régulière avec d’autres éleveurs français par l’échange de paillettes permettant une diversification génétique des chevaux. Les magnifiques chevaux que j’ai vus dans votre haras prouvent bien l’efficacité de vos efforts et la pertinence du choix de la France pour votre élevage.

Nous aurons d’ailleurs l’occasion demain de voir ces splendides équidés en action puisque vous hébergez un concours international de saut d’obstacle, l’Algerian Equestrian Tour 2016, organisé sous le haut patronage du Président de la République, Abdelaziz Bouteflika. Là encore, c’est une histoire de famille, puisque c’est en fait votre fils M’hamed qui est à la manœuvre, en tant que Président de la Fédération algérienne d’équitation. Je me réjouis d’ailleurs du nombre important de cavaliers français qui y concourent, et ce depuis des années, mais également des équipementiers, des spécialistes français de l’alimentation, des soins vétérinaires, et du monde équin en général.

Monsieur le Président,

C’est dire combien vos relations avec le monde agricole français et avec le monde de l’équitation en particulier, sont fortes, proches et denses. Si le ministre de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt, M. Stéphane Le Foll a décidé de vous décerner, sur ma proposition, cette prestigieuses décoration, c’est à la fois pour rendre hommage à votre carrière, mais bien sûr pour distinguer votre personnalité, cet engagement de toute une vie en faveur de l’agriculture, mamelle essentielle de nos pays, mais aussi votre engagement en faveur de la coopération entre la France et l’Algérie.

Vous avez dit, dans le courrier de remerciement que vous avez adressé au ministre Le Foll, et je vous cite « Cette distinction n’est pas décernée uniquement à ma personne. C’est à toute la profession, agriculteurs, fellahs et industriels d’Algérie qu’elle est attribuée car elle représente l’hommage rendu à l’aventure palpitante que nous menons ensemble pour l’édification d’une agriculture algérienne moderne, ouverte sur le monde et compétitive, et cela, grâce notamment aux excellentes relations de coopération, d’échange et de partage qui ont toujours prévalu entre nos deux pays ».

Comment mieux résumer nos relations ? Comment mieux souligner l’importance de la valeur de la famille, omniprésente dans votre histoire personnelle, omniprésente aussi dans votre relation de partenariat avec la France ? Cette décoration revient aussi à l’ensemble de votre famille ! Comment mieux souligner votre engagement pour offrir aux Algériens des produits alimentaires de qualité, qui font vivre cette grande cuisine de l’Algérie, essence elle-même du partage, de la convivialité, de l’amitié, de cet art de l’hospitalité qui caractérise votre pays ?

Pour l’ensemble de ces raisons, cher Hocine Mansour Metidji, la France a souhaité remercier l’entrepreneur, l’ami, le partenaire, l’homme de terroir et le citoyen engagé.
Hocine Mansour Metidji, au nom le ministre de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire, de la Forêt, je vous fais Officier du Mérite agricole.


publié le 13/11/2016

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