Chronique rachid Kram

La pire insulte aux jeunes

Le gouvernement ne veut voir du sport que sa vitrine quitte à importer les champions. L'éducation physique et les sports en direction de toutes les franges de la société n'intéressent pas le gouvernement car ils sont des moyens extraordinaires pour renforcer la citoyenneté. Le sport apprend, en premier lieu, le respect des règles établies. Question; le gouvernement a t-il vraiment intérêt à avoir en face des citoyens accomplis qui connaissent leurs droits et devoirs et qui s'impliquent dans la gestion du pays. Réponse; pas si sur. Alors on comprend mieux les orientations en matière d'éducation physique, de sport et de jeunesse.

Rachid Kram

Ministère des sports: Du Sport, tout le Sport et rien d’autre que le Sport

.En Janvier 2014, la population Algérienne a atteint 38,7 millions d‘habitants et continuera de croître, dans les prochaines années, à raison d’un million par an si la tendance actuelle se maintient. L’essentiel de cette population est jeune. Ils sont environ 70% à avoir moins de trente ans d’âge. Il fallait absolument un département ministériel complètement dédié à cette frange de la société. Prendre en charge la jeunesse, non plus uniquement dans son divertissement mais beaucoup plus dans tout les aspects qui améliorent sa formation, son employabilité, et la mettent en orbite pour un avenir meilleur pour la faire passer d’une logique d’abandon, de renoncement et de harga à une logique d’implication, de contribution et de participation à l’effort collectif d’édification du pays. 

Opportunément, cette scission du Ministère de la Jeunesse et des Sports en deux entités projette les deux secteurs en Ministères à part entière. Pour la première fois en Algérie, avec une telle hauteur de vue, c’est chose faite.
Dans les jours à venir, si ce n’est déjà le cas, l’euphorie, qui a suivi l’annonce, cédera la place à un travail de fond pour concrétiser dans les faits cette séparation.
Il s’agit d’abord d’un changement majeur, pour ne pas dire un bouleversement, qui fait suite à une nouvelle loi sur le sport, promulguée il y a quelques mois à peine. L’assise juridique, l’organisation, les missions et les attributions sont autant de chantiers à ouvrir simultanément et avec une cadence soutenue, dans une première phase, pour minimiser le temps d’adaptation et son corollaire inévitable, la baisse de productivité pour se consacrer pleinement, dans une seconde phase, à la raison d’être du département ministériel; les sports .
Conduire, avec succès, un tel changement qui, par ailleurs, n’existera que par la dynamique des individus qui le mettront en œuvre, est une condition nécessaire pour hisser le sport à la hauteur des attentes des pratiquants et des objectifs fixés par cette nouvelle approche qui fait la part belle à la spécialisation.
Le sport continuera d’avoir une multitude de missions dévolues à l’éducation, l’animation, la prévention en amont d’une politique de santé publique, la socialisation et la représentativité du pays au plan international.

En direction de l’éducation physique et sportive, matière d’enseignement, l’action ne peut être menée qu’avec la coopération du Ministère de l’éducation nationale. L’apport du Ministère des Sports est alors d’ordre technique en fournissant le contenu des programmes, les outils pédagogiques, les épreuves d’examens et une grille de notation. Et enfin, dispenser la formation complémentaire, qui fait défaut dans le cursus des maîtres d’écoles.
Le sport à l’école, en dehors des heures de cours, passera par la redynamisation des associations sportives de l’établissement en impliquant, au sein de leur bureau exécutif, les membres de l’association des parents d’élèves. On peut d’ores et déjà généraliser cette opération à toutes les écoles primaires disposant d’une aire ou d’une salle de sport. La ligue des sports scolaires se chargera d’animer et d’organiser les compétitions inter-classes et inter-établissements. Les Fédérations spécialisées délégueront quelques membres à travers leurs ligues de Wilaya pour maintenir une veille permanente de détection de jeunes talents sportifs.
Le sport pour tous, par ces temps modernes et de grands défis, est un élément central pour maintenir une société harmonieuse, dynamique et conquérante et lutter contre le marasme et le pessimisme qui la guette et qui risque sérieusement d’inhiber son potentiel créatif. Les directeurs des sports au niveau des exécutifs de Wilaya travailleront avec les Présidents d’APC pour que le sport communal prenne la place qui lui revient. L’aménagement de sentiers ou de parcours de santé en bordures des champs dans les zones rurales et suburbaines drainera, à coup sur, des foules de joggers et de marcheurs. La course à pied et la marche athlétique sont les activités sportives les plus pratiquées à travers le monde. Leur substitution par des pratiques confinées à l’intérieur des salles n’obéit qu’à des impératifs de climat. Or, chez nous, il fait beau dix mois par an. 
Dans les quartiers, des animateurs sportifs, formés à cet effet, socialiseront les jeunes par l’exercice physique en résorbant leur trop plein d’énergie et en leur apprenant le respect des règles du jeu.
En amont d’une politique de santé publique clairement définie, le sport santé peut acquérir une place centrale dans le dispositif. Il n’y a plus aucun doute sur les bienfaits d’une pratique sportive régulière sur certaines maladies auto immunes telles que l’asthme et le diabète de type deux. Il appartient aux médecins du secteur et leurs collègues de la santé publique d’en définir la nomenclature exhaustive et le type et la fréquence de la pratique.
Dans le mouvement sportif national, les Fédérations sont en déficit chronique de gouvernance. La profusion de moyens financiers considérables n’a pas été d’un grand secours. Les pouvoirs publics, à travers le Ministère des Sports, peuvent jouer leur rôle d’organe ressource en élaborant un cahier des charges détaillé et explicite destiné à choisir le Directeur Technique National, pierre angulaire de l’édifice du développement de toute discipline. Certains DTN n’ont que le calendrier international des compétitions pour seul programme et s’occupe exclusivement de taches administratives de préparation de dossier de sortie à l’étranger. Cette façon de faire n’est plus tolérable. Le DTN est l’architecte du développement de sa discipline. Il n’est pas là uniquement pour les équipes nationales. Une procédure de sélection rigoureuse à partir des plans d’action reçus après l’appel à candidatures permettra de choisir la personne qui propose le meilleur plan d’action pour atteindre des objectifs préalablement fixés par le bureau exécutif de la Fédération et en complète conformité avec la politique sportive nationale.
Le processus de prise en charge des jeunes talents sportifs, un processus long et coûteux, ne repose enfin de comptes que sur une détection opérée par le flair d’une personne. Combien de jeunes sélectionnés sont perdus en cours de route. Beaucoup pour ne pas dire la majorité. La détection devra se faire, non plus seulement sur le résultat actuel, comme c’est le cas malheureusement dans beaucoup de disciplines, mais également et surtout sur le potentiel futur. Percer les mystères du potentiel est la clé de la réussite d’une politique de Jeunes talents sportifs. Comment ? En définissant une grille d’évaluation précise. Psychologues, physiologues et biomécaniciens devraient s’y mettre. Les Instituts de sport en regorgent. Qu’ils prennent leur part de responsabilité et participent à l’effort collectif. S’il s’avère, par la pratique, que l’élaboration de la grille d’évaluation des jeunes talents sportifs est ardue et ne peut se faire en interne, cette tache devra être externalisée. Ils existent des cabinets de standards internationaux, à l’image de celui du défunt Docteur Fekrache, capable de décortiquer la personnalité et de déceler les qualités psychiques indispensable à la réussite des sportifs de hauts niveaux.
Le sport est une passion pour l’écrasante majorité des acteurs du secteur. Cette relation fusionnelle au sport en conditionne l’approche de gestion. Elle est dogmatique alors qu’elle devrait être managériale.

Rachid Kram. 
13/05/2014.

L’Algérie est –elle un pays de sport de haut niveau ?

Quand Monsieur Aziz Derouaz, Président de l’Amicale des handballeurs d’Alger, me demanda d’intervenir sur les exigences du sport de haut niveau, j’ai répondu par l’affirmative mais j’ignorais sous quel angle j’allais aborder le sujet. Quelques jours de tergiversations et mon choix se porta sur la question posée dans titre de cet article. Elle mérite d’être posée au vu des résultats à l’international de nos élites sportives et ce dans pratiquement toutes les disciplines sportives. Nous avons eu, évidemment, quelques résultats surprenants aux Jeux Olympiques et aux championnats du monde mais est ce le fruit d’un système ou juste un heureux concours de circonstances ? J’ai choisi pour, essayer de cerner la question, de l’aborder sur ses deux axes fondamentaux : la démarche et la culture. Je ne prétends pas connaitre la réponse à cette question. J’amorce, avec vous, le débat et nous essayerons ensemble d’y répondre et d’y voir plus clair.

I- Au niveau de la démarche :- Au plan stratégique : Dans tous les secteurs de la vie, au plan stratégique, il y a deux possibilités offertes. Les nations, dont les moyens humains et technologiques le permettent, optent pour la recherche et le développement de leurs propres méthodes ou théories. Ce sont les meneurs. Les autres, ou les suiveurs, font dans l’intelligence pour essayer de savoir ce que l’autre fait et le copier ou l’imiter. Quelques fois les deux choix sont concomitants. On fait de la recherche et développement pour ce qu’on maitrise. Pour les questions qui nous échappent on fait de l’intelligence sportive. Pour ce qui est de ce point, force est de constater que les rares recherches effectuées ne trouvent pas d’application sur le terrain. Il y a comme un chainon manquant entre la recherche et le terrain. Nous avons quatre champions olympiques à quatre olympiades différentes et entrainés par quatre entraineurs différents. C’est plus qu’une prouesse mais cette expérience n’est ni théorisée ni consignée pour être exploitée par d’autres. Quant à l’intelligence sportive, elle fait cruellement défaut. Aucune structure dédiée à cette mission stratégique n’existe dans l’organisation publique du sport.

- Au plan opérationnel : • Entrainement proprement dit : Il y a de la tergiversation. On attend et on a du mal à s’engager dans un processus d’entrainement de haut niveau tôt dans la carrière. Ce faisant, on perd un temps précieux. L’argument avancé est la peur de « bruler » les jeunes. On avance même le surentrainement comme cause de déperdition. Si les jeunes étaient très entrainés ça se verrait au plan des résultats des championnats du monde des cadets par exemple. • Organisation : Le système de détection est défaillant. On se limite à évaluer les jeunes sur le simple résultat sportif du moment et on oublie le potentiel et les capacités psychologiques indispensables à la réussite au plus haut niveau. « Produire » un athlète de haut niveau coûte très cher. Se tromper dans le choix de l’athlète sur qui investir, c’est investir à fonds perdus. C’est perdre de l’argent sans obtenir de résultats. • Courir deux lièvres à la fois : En Algérie, dès qu’un athlète commence à émerger, tout son entourage l’assaille pour qu’il s’occupe de l’après carrière. On refuse de considérer les sportifs de haut niveau comme étant juste des sportifs. Il faut qu’ils soient par ailleurs médecins, architectes ou ingénieurs. Concilier sport de haut niveau et études ou formation est purement et simplement impossible de nos jours. Cette crainte de l’après carrière devient chez les sportifs une obsession. Ils courent deux lièvres à la fois…Au Lycée Sportif, par exemple, on sélectionne les élèves sur la base des résultats sportifs et on les exclut par la suite pour les mauvais résultats scolaires ! Étrange pour un Lycée qualifié de Sportif.

II- Au niveau culturel : - Le fait cultuel : La réussite sportive et en particulier de haut niveau est une réponse directe au besoin d’affirmation. Plus grand est le besoin, plus importante est la réussite. Prendre le devant de la scène et s’affirmer est souvent mal vu dans notre société qui prône la modestie, le retrait de l’individu devant le groupe etc. - Spécificité Algérienne : Le sport est considéré, chez nous, comme un loisir, un moyen de se divertir. A l’école, ce n’est pas une matière importante. N’être que sportif de haut niveau n’est pas valorisant socialement. Faire du sport de haut niveau pour devenir le meilleur n’est pas chose courante. La culture de la gagne ou le «fighting spirit » font cruellement défaut. - Le fait sociétal : Le sport, en tant que phénomène de société » s’abreuve de toutes les tendances de celle-ci. Une société démobilisée qui a renoncé à réussir ne peut qu’influencer négativement quelques uns de ses individus qui pratiquent le sport.

Résumé du débat : Je m’attendais à plein de questions contradictoires mais pratiquement toutes les interventions des présents abondaient dans le même sens. Said Bouamra, président de la Fédération Algérienne de Handball et anciennement Directeur du sport de haut niveau au Ministère de la jeunesse et des sport tient un discours similaire et ose même une réponse courte par la négative à la question posée dans l’intitulé de mon intervention.

- Nous avons des chercheurs mais ils ne sont pas saisis pour des questions précises alors ils ne font que de la recherche fondamentale. - Les choix politiques ne sont pas clairs et quand le chef est indécis les troupes ne bougent pas. - Il n y a pas de continuité dans le travail. A chaque fois on efface tout et on recommence. - La logistique, si importante dans la réussite du sport de haut niveau, est totalement reléguée au second plan. - Centralisation de la décision empêche l’initiative. - Le conflit intergénérationnel a empêché les jeunes générations à apprendre des plus anciennes. - Absence de team playing à l’ère de la spécialisation et du travail d’équipe pluridisciplinaire. Nous étions dans une conférence sur le sport de haut niveau. Paradoxalement, toutes les interventions traitent de questions éminemment politiques. C’est, encore une fois, une preuve supplémentaire que les bonnes volontés existent dans la société. Pour les mettre en branle, un choix politique clair, un projet bien réfléchi et des moyens.

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