instituteur

«Paroles d’instituteur» sur l’Algérie contemporaine !

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Par Mohand Ameziane Tadjer

C’est un Chaoui de la commune de T’kout et qui retrouve Tizi-Ouzou pour la deuxième fois. « J’ai découvert la ville des genêts, pour la première fois, en 2003, lors des évènements des Archs. Ce ne fut pas beau et le mouvement s’est propagé à Batna ». Sur le plan culturel, dit-il, « Tizi-Ouzou est très avancée par rapport aux autres villes du pays. Les gens s’intéressent à la culture, à leur culture, à leur langue, à leur identité. C’est très important ! ». Tout au long de notre discussion, il nous parle d’abord de son passé d’instituteur (1973 -2005), aujourd’hui à la retraite. Il nous raconte, avec une immense désolation, cette chute vertigineuse du niveau scolaire dans tous les paliers. « Il y a une décadence dans le niveau, une dégradation sur le plan éducationnel, respect, moral, disciplinaire entre autres valeurs, qui ont disparu. A quoi cela est-il dû ? « La responsabilité incombe au système éducatif choisi par nos décideurs, notamment les diverses réformes des ex-ministres de l’Education, particuliè-rement durant le très long règne de Benbouzid. Un règne durant lequel tout a été bousillé ! ». Pour le poète, « l’arabisation s’est faite brutalement, ce qui fait qu’aujourd’hui, nous n’avons ni élèves arabophones, ni francophones et encore moins berbérophones ou anglophones » et de préciser : «la vague de l’arabisation ne visait pas à apprendre l’arabe à nos élèves, mais à les déculturiser et en faire des zombis. On a voulu abrutir l’élève algérien et c’est réussi ! Les niveaux d’il y a cinquante ans et plus sont incomparables avec ceux d’aujourd’hui !». Le deuxième point abordé avec notre invité est incontestablement son premier recueil de poésie de 64 pages renfermant 21 poèmes plus ou moins longs et dans lesquels « il soumet sa vision de l’Algérie contemporaine. Il renonce à une position de simple spectateur et met sa pensée, son art au service de l’Algérie multiple avec les contradictions et les complexités de notre époque. Il est le témoin privilégié de son temps. Muni du scalpel de l’intellectuel critique, éclairé et engagé, le poète se dresse pour dénoncer, refuser l’intolérable, l’insoutenable. Et les mots jaillissent durs, purs et beaux. La colère se fait chant, la révolte se fait verbe, prêtant son souffle à ce refus d’accepter un monde injuste et inhumain. Ses poèmes sont ancrés dans la réalité et utilise une langue simple accessible à tous ! » (écrivait dans sa préface son Inspecteur de langue française, M. Mohamed Slimani de Biskra). Parlant d’abord des motivations qui l’ont poussé à écrire, il explique que « depuis 1999, je me suis mis à l’écriture. J’ai commencé par des nouvelles ensuite, je me suis penché sur la poésie tout en s’adressant aux lecteurs de manière spontanée, d’où le titre : «Paroles d’instituteur». L’auteur brosse de nombreux tableaux des scènes vécues par lui-même, par son entourage ou tout simplement par l’Algérien en général dans sa vie de tous les jours. Ce sont les fléaux, les conflits sociaux. C’est l’image de l’Algérie de nos jours. Ce qui se voit ne peut être caché. Il cite la décennie noire, les tailleurs de pierres (Aux tailleurs de pierre de T’kout) dont des anciens élèves en sont victimes de la profession et pour lesquels il rend un vibrant hommage. Il parle de l’injustice de la répression, des tortures et des mensonges des chefs. Pour être plus précis, des mensonges des partis politiques, des promesses non tenues… le tout écrit avec le verbe acerbe, tantôt avec l’humour, tantôt avec l’ironie et avec beaucoup d’espoir qui pourrait succéder à tant de désespoir. Un recueil conseillé à lire et à relire mais aussi à méditer car chaque poème renvoie une image, une situation donnée. Il est disponible en librairie pour 200 DA et cela vaut la peine! L’auteur nous confie qu’il est sur un autre projet intitulé « Lettres de l’Aurès » une série de nouvelles en proses (phénomènes sociaux, le divorce, l’exécution de Saddam Hussein…) qu’il compte terminer vers le mois d’octobre.

Mohand Ameziane Tadjer (de l' ancienne équipe de Mon journal : Tizi-Ouzou )



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