louiza

A quoi joue Louiza Hannoune?

Alors que Louiza Hanoune s’était révélée à l’opinion publique algérienne à la faveur de l’ouverture démocratique qui a suivi les évènements du 5 octobre 1988, comme figure emblématique du trotskisme, toujours méconnu des Algériens, Saïd Bouteflika, le frère cadet du président algérien était un citoyen anonyme et rares étaient ses collègues qui savaient quelque chose de son lien de parenté avec l’ex-ministre des affaires étrangères de feu Houari Boumediene. Tout ce qu’ils savaient de lui c’est qu’il avait de la sympathie pour les trotskistes qui l’entouraient au sein du syndicat des enseignants universitaires.

Autant Saïd était effacé autant Louiza Hannoune brillait par sa verve à la tête du Parti des Travailleurs, seul parti trotskiste dans le monde à siéger dans un parlement. Celle que les journalistes algériens trouvaient belle et rebelle n’avait pas la langue dans la poche. Alors que tous les partis de l’opposition ciblaient, dans leurs interventions médiatiques, le chef du gouvernement de l’époque Mouloud Hamrouche en respectant les lignes rouges tracées par le pouvoir en place, Louiza Hannoune était la seule à braver l’interdit et s’attaquait directement à Chadli Benjedid, alors président de la république, n’hésitant pas à dire qu’il avait les mains souillées du sang des victimes des évènements d’octobre 1988.

Avec l’âge et le confort matériel que procure la qualité de députée parlementaire, Louiza Hanoune qui bénéficie des privilèges du pouvoir (protection rapprochée, soins à l’étranger, logement sécuritaire etc.) a mis beaucoup d’eau dans son vin. Sous Bouteflika, elle devient plus que partisane. Elle sera un farouche adversaire aux opposants du président en exercice. Lors de la dernière présidentielle qui vit Bouteflika triompher sans combattre, Louiza Hannoune joua beaucoup plus l’avocate d’un candidat fantôme soutenu par des marionnettistes tapis dans les coulisses du palais présidentiel que son rôle de postulante à la magistrature suprême. Ali Benflis le plus sérieux rival de Bouteflika essuya les foudres de guerre d’une Louiza très remontée contre celui qui osait bousculer le favori.

Pour ses bons et loyaux services elle fut récompensée d’une peu reluisante et inattendue quatrième place derrière un novice nouvellement arrivé dans la course aux présidentielles. Mal lui en prit. L’inamovible Secrétaire générale du Parti des travailleurs (à son poste depuis plus de 28 ans) poursuit sa défense de celui qui passait pour son gourou en développant un discours langue de bois suranné.. Ses attaques contre l’impérialisme et les menaces étrangères ne font plus recette auprès de l’opinion publique. Son soutien à Bouteflika l’a complètement discrédité.

Pour refaire surface, elle emboite le pas au reste de l’opposition sans faire alliance. Elle roule en solo pour ne pas prendre le moindre engagement. Juste le temps de rappeler au locataire de la résidence présidentielle de Zéralda (le palais d’El-Mouradia étant vacant) qu’il faudrait compter avec elle et lui renvoyer l’ascenseur. C’est ainsi qu’elle surprend tout son monde, le jeudi 19 février à travers un entretien publié par le quotidien El Watan, en accusant le président Bouteflika d’avoir  manqué d’honorer ses engagements. Par la même occasion, elle fustige les proches du président sans les nommer. S’en suit, alors, une polémique avec le SG du FLN, le plus fidèle des fidèles de Bouteflika et de son cercle, Amar Saadani.

Dans l’édition du quotidien Le Soir d’Algérie datée du 13/14 mars, Louiza Hanoune revient à la charge et porte l’estocade à son camarde Saïd Bouteflika. Elle sort de l’ombre le véritable patron du pays en le sommant d’intervenir « afin de mettre fin à la dérive politique et économique du pays ». Cette sortie a suscité mille et une interrogations chez les observateurs de la scène algérienne. Ils étaient nombreux à voir la pasionaria du PT marquer une rupture avec le cercle présidentiel. Mais, ils déchanteront vite quand, un mois plus tard, enfilant de nouveau sa robe d’avocate des Bouteflika, elle annonce dans le quotidien El-Khabar du 15 avril que le frère cadet du président de la république lui avait appris « qu’il n’envisageait nullement de succéder à son aîné ni à fonder un parti politique ». Et pan sur le bec des adversaires du vizir de Zéralda. Louiza Hanoune se porte garante de la bonne conduite de Saïd Bouteflika en assurant qu’il n’est compromis dans aucune affaire de corruption. Façon de dire qu’il n’y a pas plus beau ni plus gentil que le frère cadet du chef de l’Etat. Et voilà, la « virulente opposante » au pouvoir se réconcilier avec le véritable détenteur du pouvoir sous les auspices d’un certain Amar Saadani qui aurait joué au médiateur de bons offices pour organiser la rencontre entre les deux camarades trotskistes. Une réconciliation qui n’empêche pas la SG du parti des Travailleurs à poursuivre ses attaques contre Ali Haddad, la caisse noire de Saïd Bouteflika qu’elle trouve « pire que le terrorisme ». C’est ce que nous verrons en détail dans notre prochaine livraison.


Hichem ABOUD



 

ce site a été créé sur www.quomodo.com