Nour El-Yekine Ferhaoui

MON PERE QUI COULE SA MINABLE RETRAITE DE DEUX SOUS, RÊVAIT DE TRANSFORMER LA SOCIÉTÉ ALGÉRIENNE, MOI JE NE SONGE QU’A LA FUIR


Monsieur le président de la république algérienne démocratique et populaire

D’abord, je me présente : Nour El Yakine FERHAOUI, 43 ans, artiste, dessinateur de presse et bla, bla, bla……., a vrai dire chômeur jusqu’au cou, malgré le bon bagage que je viens d’acquérir. Et si je vous écris, c’est pour vous expliquer pourquoi j’aimerai faire ma vie ailleurs qu’en Algérie. Enfin, ce n’est pas si difficile à l’expliquer surtout dans une telle situation très préoccupante que l’artiste voire l’intellectuel algérien est entrain d’affronter dans son propre chez soi avec ceux qui décident si le citoyen respire ou pas.

Les temps changent, Monsieur le Président. Mon cher père soixante-disards avait eu la tentation de la révolution pour une Algérie libre et indépendante, tandis que moi j’ai la tentation de l’expatriation. Mon père qui coule sa minable retraite de deux sous, rêvait de transformer la société algérienne, moi je ne songe qu’a la fuir.

Cela va sans doute vous choquer, mais d’abord pour des raisons de problèmes de je-m’en-foutiste, de laisser-aller et d’ignorance, si j’abuse. Enfin, pas les mêmes que Saadani, Bouchouareb et Khalilo, je vous rassure, Monsieur le président, mais simplement parce que je n’ai pas envie d’affronter ce genre de fléau voire ces problèmes qui existent depuis plusieurs décennies et qui a ce jour ne sont toujours pas résolus, a savoir l’injustice que trainent le citoyen comme l’artiste et l’intellectuel avec vos décideurs et ceux qui décident si j’active ou pas, un sujet qui, aujourd’hui, n’est toujours pas résolu malheureusement. Je me permets par cette lettre, de prendre un peu de votre temps en vous demandant de ne pas vous arrêtez en route, lisez cette lettre jusqu’au bout s’il vous reste quelques ilots de force, et même si vous ne partagez pas mon opinion, surtout ne la jetez pas, elle est trop importante pour moi, qui m’adresse a vous a titre de citoyen algérien considéré comme un étranger dans son propre pays. Je vais pouvoir vous exposer globalement et dans le détail ce pourquoi je vous écris, et compte tenu de l’importance de revêt pour moi cette requête je me permets de vous l’adresser sous couvert des 40 millions de cobayes y compris cet indigène que je le suis. Ma lettre ouverte, n’a pas pour but de vous offusquer, elle a simplement pour but de vous interpeller sur certains égarements auxquels vous ne prêtez pas attention, involontairement ou non, peu importe, avant qu’il ne soit trop tard.

En effet, le plus déprimant ici, c’est de savoir très exactement de quoi sera faite ma vie si je reste en Algérie. Une fois les études effectuées, une fois les beaux diplômes inutiles obtenus, une fois devenir méconnu dans mon propre chez soi, une fois inconsidéré, je rejoindrai sans doute d’abord les rangs fournis des chômeurs avant d’enquiller pendant des années les stages et des ateliers. Je serai, comme le disent les spécialistes, je crois, le « variable d’ajustement » d’un complot qui a choisi délibérément d’exclure les honnêtes de la république pour protéger ceux des intouchables, des pistonnés et des fils de la nomenclature bien en place. Avec la hausse du taux de chômage qui s’élève du jour au jour, avec l’incompétence de nos élus et le phénomène de corruption qui gangrène nos administrations, alors là, il me sera impossible de convaincre un banquier de m’accorder un prêt immobilier pour m’acheter un appartement à Oran ou de me mesurer à Dalila, l’heureuse bénéficiaire de son propre logement de Belgaid.

Voilà ce dont pourquoi, Monsieur le Président, je songe à quitter l’Algérie. Pourquoi aussi votre – au demeurant charmant – ex ministre de l’énergie Chakibo avait fuit le pays emportant plusieurs milliards de Dinars, et qui coule des jours heureux en Algérie sans que nul des vos autorités n’ose riposter contre ce J.R ‘’exemple d’un scandale qu’on a jamais pu résoudre’’. Quant-à-moi, je partirais où ? En France peu être, dont vous dites tant de mal, mais qui a l’air d’être un pays qui a confiance en lui. Ou alors plus loin, au Canada, aux Etats Unis ou dans un pays qui croit en moi et qui m’écoute, pourquoi pas? Enfin, je partirais peut être vers l’inconnu, m’installer quelque part, pour des semaines, pour des mois ou pour le restant de mes jours.

Vous me direz que je manque du sens le plus élémentaire de la solidarité nationale et du patriotisme, que je suis affreusement opportuniste et parfaitement égoïste, n’est ce pas? C’est sans doute un peu vrai. Mais mon égoïsme n’est rien en comparaison de l’égoïsme dont font preuve vos collaborateurs actuels, ceux que vous désignez de temps à autre peut-être, et vous-même, qui avez sacrifié notre génération en gaspillant l’argent public pour ne pas avoir ou à prendre de décisions difficiles.

Je me disais quand même, Monsieur le Président, que vous alliez faire « bouger les choses », que vous alliez redonner un peu d’espoir à une jeunesse qui ne peut pas s’en passer. Je m’aperçois aujourd’hui qu’en fait, malgré les grands discours enflammés de votre fameux proche ministre Abdelmalek Sellal sur les jeunes, en un an l’Algérie a vieilli de dix ans. Qu’elle se rabougrit, se fige, se crispe, s’aigrit à toute vitesse. Quel dommage ! Quel gâchis ! Surtout pour un si riche pays au peuple si mal…..

Voila ce que tenait à vous dire, Monsieur Le Président, le mauvais citoyen que je suis et l’expatrié qu’il me tarde d’être.

 

Par : Nour El Yakine FERHAOUI

 

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