CDICS

Le défenseur des anciens internés des camps du Sud écrit au SG de l'ONU

Monsieur Nourredine BELMOUHOUB, Défenseur des droits de l’homme et Porte-parole du Comité de Défense des Internés des Camps du Sud ne cesse de se démener pour faire valoir les droits des anciens internés des camps du sud qui se comptent par milliers. Il a écrit à de nombreuses instances internationales et organismes de défense des Droits de l'homme. Nous publions ci-dessous la lettre ouverte qu'il a adressée au secrétaire général de l'ONU dans laquelle il expliques la situations de ses anciens compagnons de fortune.


Lettre ouverte

A Monsieur Ban Ki-Moon, Secrétaire-Général des Nations Unies

Office des Nations Unies à Genève Palais des Nations 8, avenue de la Paix 12020 Suisse

 

Objet : Graves violations des droits de l’homme et du droit international humanitaire, commises en Février 1992 sur le territoire de la République Algérienne Démocratique et Populaire

 

Monsieur Ban Ki-Moon

Secrétaire général des Nations Unies

 

Le Comité de Défense des Internés des Camps du Sud (dénommé ci-dessous CDICS), dont  l’honneur m’est fait d’être le Porte-parole, s’est assigné comme objectif la sauvegarde de la mémoire des victimes arbitrairement arrêtées et déportées, hors de tout cadre légal, pour être injustement internées dans des camps de toiles, implantés dans des zones à forte teneur de radioactivité nucléaire, chimique et bactériologique, résultât des essais atomiques français, dans le désert du Sahara algérien, suite au génocide perpétré en Février 1992 contre des milliers de citoyens algériens innocents,par les auteurs du coups d’état militaire, à leurs têtes, le général-major et ministre de la défense nationale Khaled NEZZAR. Le CDICS met tout en œuvre pour que la vérité soit connue et justice rendue, et exige à cet égard, indemnisation et réparation.

L’action du CDICS vise notamment la prévention d’autres génocides qui restent hélas possible pour qu’enfin ce genre de crime n’est plus jamais lieu. Dans cette perspective le CDICS n’accepte pas, et refuse énergiquement, la discrimination qui continue à frapper les personnes arbitrairement séquestrées, dans le but d’étouffer le crime le plus ignoble qu’ait connu l’humanité entière, en l’occurrence le génocide.

La qualification des faits de « génocide », requiert en effet une rigueur à la hauteur de la gravité de ce crime. Qualifier avec légèreté les faits « de génocide » revient à nier le génocide avec toutes les conséquences dramatiques que cela a engendré dans le cas précis des camps de la mort du désert algérien,ce pourquoi le CDICS  insiste sur la qualification des faits

Le CDICS en appelle à la vigilance de la Communauté Internationale et des institutions et organes onusiens au plus haut niveau. Elles leur rappellent que s’ils se sont donné des moyens juridiques pour prévenir les génocides et réprimer les auteurs… ils doivent être les premiers à les respecter.

La définition du génocide précise deux caractères constitutifs de l’incrimination :l’intention spéciale de détruire un groupe, et le fait que les individus sont visés comme membre du groupe comme tels Ces articles ont le mérite de faire la part des choses, ils marquent la différence entre génocide et crime contre l’humanité. Il s’agit là d’un génocide car il y a l’intention de détruire un groupe national religieux, en tout ou en partie.

Pour le CDICS il n’est pas étonnant que les rédacteurs de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale aient, pour des raisons évidentes, décidé d’occulter la question du crime de génocide dont furent victimes des milliers d’interné des camps du sud. Ils (les rédacteurs) se sont évertués à banaliser ce crime de génocide, réconfortant ainsi la discrimination par voie des Articles 45 et 46de la dite charte, ainsi et de façon inimaginable, la situation continue à être reléguée. Par leurs effets discriminatoires, ces deux articles permettent à nos dirigeants de ne pas voir la question des internés comme une priorité. La tournure adoptée par les auteurs de cette Charte est très curieuse,sinon révélatrice de leur intention de noyer la responsabilité des auteurs du coup d’état militaire du 11 janvier 1992. 

Malgré l’abandon total à ce jour des rescapés de ce génocide, le CDICS a  tenté depuis sa création le 18 Mars 2009 de se reconstruire tant bien que mal, et de lutter pacifiquement afin d’arracher ses droits, en commençant par une couverture médicale conséquente et des soins médicaux appropriés, à hauteur de l’irradiation dont restent victimes les internés des camps du sud, après avoir étés volontairement livrés à la radioactivité nucléaire, chimique et bactériologique, dans les camps de In-M’guel, Reggane et Oued Namous (Sahara)

Monsieur le Secrétaire-Général des Nations-Unies, Vous savez bien que la République Algérienne a ratifié -en pratique- la totalité des instruments juridiques internationaux relatifs la promotion, à la protection et la défense des droits de l’homme, elle se trouve également parmi les pays ou tout est mis en œuvre pour assurer l’impunité, et pour que la justice ne soit pas rendue une fois pour toute. Pour preuve, le silence affiché par les autorités, vise manifestement à saper l’effort du Comité de Défense des Internés des camps du sud, et à ignorer ces revendications légitimes, les conséquences sont dramatiques. Les rédacteurs de la Charte« de l’impunité » auraient plutôt mieux fait de souligner la responsabilité et les manquements des autorités, et le rôle ambigu et mitigé de la justice algérienne.

Monsieur le Secrétaire général, le CDICS voudrait attirer votre attention sur les éléments importants suivants :

·      Vous connaissez vous-même la définition du terme de génocide. L’arrestation hors de tout cadre légal, la déportation et l’internement dans des zones radioactives prouvent que les auteurs du coup d’état militaire de février 1992,ont préparé et organisé un génocide contre un groupe de gens précis.

·      Sur quels critères les auteurs du coup d’état se sont-ils basés pou arrêter, déporter et interner des personnes innocentes, pour en suite les remettre en liberté sans procès ?

·      Sur quels critères les auteurs du coup d’état se sont-ils basés pour déterminer que les milliers de personnes arbitrairement livrées à la radioactivité nucléaire, représentaient-elles un danger « imaginaire »?

Nul n’ignore aujourd’hui que les organisateurs du génocide de Février 1992 ont pratiqué une politique de la terreur dans tout le pays, et que les organisations humanitaires et la communauté internationale dans son ensemble ont assisté les mains croisées à la déportation génocidaire vers ces camps en Février 1992.

L’ONU pourrait-elle se féliciter de ses réalisations en matière de poursuite et de traque de présumés génocidaires et leur traduction devant la justice, si le CDICS est reconnaissant des efforts fournis par Votre Organisation,il constate néanmoins que son bilan est mitigé. De nombreux présumés génocidaires continuent de couler des jours heureux en toute liberté, notamment dans les pays occidentaux dont certains siègent de façon permanente au Conseil de sécurité des nations-Unies.

Le CDICS attire aussi Votre attention sur cette terrible contradiction qui caractérise les rédacteurs de la charte de la honte, projet qui renforce le camp des génocidaires, afin d’atténuer les lourdes charges qui pèsent sur les coupables de la déportation de milliers de personnes innocentes. Le CDICS s’interroge sur les intentions réelles des rédacteurs de la charte « dites » pour la paix et la réconciliation nationale. Ceux-ci cherchent-ils réellement à cicatriser les profondes blessures, et assurer un minimum de sécurité et de sérénité en Algérie, ou bien cherchent-ils plutôt à assurer l’impunité, et à détourner l’attention sur les responsabilités des auteurs d’une odieuse, massive et génocidaire déportation.

Enfin, le CDICS invite l’instance onusienne dont Vous aviez la lourde charge, d’assumer ses responsabilités dans ce dossier, en tenant compte des conséquences désastreuses dont sont victimes aujourd’hui, les victimes du goulag algérien. Nous espérons que Vous ferez le nécessaire pour que soit mis fin à la discrimination de milliers de personnes, victimes d’un système négationniste d’entre les plus abjects, et à ses effets mortifères incalculables mais prévisibles.

 

Le Comité de Défense des Internés des camps du Sud, Vous prie de croire, Monsieur le Secrétaire Général, en l’assurance de notre haute considération.

 

Monsieur Nourredine BELMOUHOUB

Défenseur des droits de l’homme

Porte-parole du CDICS

Alger- Algérie

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