Abdessamie Abdelhaï

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Tout sur la condamnation
de Abdessamie Abdelhaï

6/07/2020
Dimanche 12 juillet, la cour d'appel de Tébessa a confirmé la lourde peine de 3 ans de prison ferme prononcée le 5 février 2020 par le tribunal de première instance à l'encontre du journaliste Abdessamie Abdelhaï. L'accusation montée de toute pièce par la machine judiciaire est disproportionnée avec la peine et surtout avec le réquisitoire du Procureur Général qui a requis 20 ans de prison ferme. C'est dire la confusion qui s'est emparée d'une instance judiciaire qui avait du mal à justifier la présence du journaliste Abdessamie Abdelhaï dans le box des accusés. 
Accusé d'avoir exfiltré, en août 2013, le patron de Jaridati et Mon Journal, Hicham Aboud, en Tunisie avec deux autres personnes, Abdessamie Abdelhaï avait été arrêté le 18 août 2013 (il y a 7 ans de cela) et purgé une détention préventive illégale de 25 mois.

Au mois de septembre 2015, il est libéré sans explication aucune. Une libération survenue sur une simple instruction de Saïd Bouteflika, le frère conseiller du président de la république Abdelaziz Bouteflika. Incarcérés sur un appel téléphonique, Abdessamie Abdelhaï et ses compagnons d'infortune ont été libérés sur un appel téléphonique. Ainsi fonctionne la justice en Algérie.

Venons en aux faits

L'accusation est dénuée de tout fondement puisqu'il n'a jamais été signifié à Hichem Aboud une quelconque Interdiction de Sortie du Territoire National (ISTN) par une instance judiciaire. La seule fois où il a été auditionné par le juge d'instruction Rachid Allane, il avait quitté son bureau libre comme mentionné dans le Procès Verbal de l'audition. D'autre part, si Hichem Aboud avait fait l'objet d'une ISTN, il ne serait pas en possession de son passeport pour quitter le territoire national. Aussi, les autorités algériennes ne lui auraient pas renouvelé son passeport en février 2017.
On voit bien sur la photocopie de la page 24 du passeport de Hichem le cachet de sortie du poste frontalier algérien daté du 10 août 2013 et celui de la police des frontières tunisiennes daté le même jour. Sur la page 25, on voit bien qu'il a quitté la Tunisie le 12 août (cachet de la PAF de l'aéroport de Tunis-Carthage). S'il avait quitté le territoire algérien clandestinement et en violation d'une ISTN comment pourrait-il voyager dans le monde après son départ d'Algérie?

Cependant, le meilleure preuve, que Hichem Aboud n'a jamais fait l'objet d'une ISTN de la part de la justice est le PV d'audition que nous reproduisons ici en langue arabe et sa traduction en langue française par un traducteur expert près de la cour d'appel de Douai. Il est bien mentionné comme observation au terme de l'audition : Suite à quoi, nous informons l'accusé qu'il est en situation de liberté. 

Le juge d'instruction Rachid Allane n'a pas mis Hichem Aboud sous contrôle judiciaire, ni prononcé une liberté provisoire ou un mandat de dépôt comme proposé par le procureur dans sa demande préliminaire d'ouverture d'une enquête. 

Confus à l'écoute des déclarations de Hichem Aboud qui a rejeté toutes accusations de manière magistrale et courageuse, le juge d'instruction ne pouvait pas donner suite à la demande du commissaire chef de la brigade criminelle de la sûreté de la wilaya d'Alger, le nommé Farid Zeddam par le canal du procureur de la république du tribunal de Sidi M'hammed dans une correspondance que nous reproduisons ici.

Il est vrai, aussi, que la police du général Abdelghani Hamel (aujourd'hui en prison avec toute sa famille pour corruption et malversations financières) a demandé au juge d'instruction à ce qu'il prononce à mon encontre une ISTN pour justifier leur mesure administrative du 06 juin et qui n'avait aucun caractère légal. D'ailleurs, à ce sujet, Hichem Aboud avait saisi le premier ministre de l'époque Abdelmalek Sellal. Sa lettre étant restée lettre morte, il a saisi le Haut Commissariat des Droits de l'Homme de l'ONU pour dénoncer cet abus dont il était victime.

Le pourquoi et le comment

Pourquoi cette affaire avait été montée? 
Tout avait commencé le mercredi 15 mai, lorsque Hichem Aboud reçoit tard dans la soirée un texto de l'un des collaborateurs du journal l'informant du retour du Président Bouteflika au pays après une hospitalisation de plusieurs jours à à l'hôpital militaire du Val-De-Grâce en France suite à un AVC. Il prit tout son temps pour vérifier l'information avant sa publication. Durant les journées du jeudi et vendredi et jusqu'au samedi matin il temporisa la publication de l'information en poursuivant ses investigations. Après confirmation de l'information auprès de plusieurs sources, il donne à la rédaction le feu vert pour la publication de l'information aux environs de 14 heures.

Dès réception des deux quotidiens à l'imprimerie (la Société d'Impression d'Alger), son directeur, Abdelkader Mechat alerte le ministère de la communication qui était, à l'époque, dirigé par ,Belaïd Mohmed Oussaïd l'actuel ministre conseiller de Abdelmadjid Tebboune chargé de la communication à la présidence de la république.

Une information, banale sous d'autres cieux, a mis en branle toute la machine du régime. Et pour cause, la santé de Bouyteflika est une ligne rouge. C'est un sujet  tabou. Sollicité par diverses parties du pouvoir pour retirer l'article mis en cause, Hichem Aboud refuse catégoriquement l'auto-censure. La Société  sur ordre "venu d'en haut" refuse d'imprimer les deux journaux.   En sa qualité de propriétaire et directeur de publication des deux quotidiens, Hichem Aboud organise, le lendemain matin, une conférence de presse dans les locaux du journal pour  alerter la presse nationale et internationale et exprimer son indignation face à  ce grave dérapage des autorités algériennes contre la liberté d'expression et la liberté d'informer. 

Le jour même, Belkacem Zoghmati, alors procureur  général et actuel ministre de la justice nommé par Saïd Bouteflika dans le gouvernement Bedoui, le dernier composé sous le règne de Bouteflika, diffuse un communiqué par le canal de l'officielle agence de presse APS dans laquelle il annonce des poursuites judiciaires contre Hichem ABOUD pour "atteinte à la sécurité de l'Etat, à l'unité nationale et à la stabilité et au bon fonctionnement des institutions".

Le lendemain, Hichem Aboud quitte Alger pour Paris et de là il s'envole pour Genève pour participer aux travaux du conseil des Droit de l'Homme de l'ONU dont il est membre observateur pour le compte de l'ONG Agence des cités unies Coopération Nord Sud que présidait l'italo-suisse Simone Piazzali. Il déposera plainte auprès de ce conseil pour atteinte à la liberté de la presse et la liberté d'informer qui sont les fondamentaux des Droits de l'Homme.

Avant de rentrer en Algérie, son avocat Me Khaled Berghel l'informe que la police avait pris à son encontre, le 6 juin,  une mesure d'interdiction de sortie du territoire national. Loin s'en faut, Hichem Aboud rentre au pays le 15 juin pour célébrer le lendemain l'anniversaire des deux quotidiens qui se sont taillés une place de choix chez le lectorat algérien et étranger de par la liberté de ton de sa ligne éditoriale.

Le 26 juin, alors qu'il s'apprêtait à se rendre à Tunis pour prendre part à une émission animé par le chanteur, la police des frontières de l'aéroport Houari Boumediene d'Alger lui signifia  l'ISTN verbalement sans fournir le moindre document. 
. En moins de 2 heures de temps, il organise une conférence de presse pour fustiger le régime arrogant dirigé de manière occulte par le frère cadet du président, à savoir Saïd Bouteflika. 

Le lendemain, il est convoqué par le juge d'instruction du tribunal de Sidi M'hamed, Rachid Allane. Au terme de l'audition, il quitte le bureau du juge libre (lire le PV d'audition).

Le 10 août il quitte le territoire algérien par la frontière terrestre algéro-tunisienne après un séjour de 2 jours à Tebessa où il devait ouvrir un bureau wilayal comme cela s'est fait dans d'autres wilayas (Djelfa, Bougie, Constantine, Oum-El-Bouaghi, Annaba, Bordj Bou Arreridj, Tizi-Ouzou etc.). Le choix de la voie terrestre était dicté par la proximité de l'aéroport de Tunis par rapport à celui d'Alger.
Le 18 août, Abdessamie Abdelhaï et deux autres citoyens de Tébessa dont je ne connais même pas les noms sont arrêtés par la police. Les deux citoyens avaient commis le crime d'avoir pris un café avec Hichem Aboud comme le font beaucoup d'autres Algériens.
A Alger c'est le colonel à la retraite Ahmed Adimi, professeur universitaire, qui est convoqué au commissariat de police d'Alger au boulevard Amirouche. Son domicile ainsi que celui de son frère Me Messaoud Adimi qui fait partie du collectif de mes avocats, ont été mis sous surveillance durant 3 jours. Les frères Adimi n'ont du leur salut qu'à leur statut d'officiers supérieurs retraités de l'armée.

Abdessamie Abdelhaï et les deux citoyens dont j'ignore les noms sont torturés et jeté en prison sans procès aucun. L'affaire avait soulvé une vague d'indignations tant à l'étranger qu'en Algérie
 Au mois de septembre lorsque Saïd Bouteflika présente à Hichem Aboud ses condoléances suite au décès de sa mère, il promet de remettre en liberté les trois hommes victimes de l'abus de pouvoir. Le dossier sera classé et il est de nouveau ouvert par Belkacem Zoghmati seul rescapé de la bande qui se trouve aujourd'hui en prison (Saïd Bouteflika, le général Hamel et Tayeb Louh). Alors que ses compères sont derrière les barreaux, Zoghmati tient les clés de la grande prison Algérie où sont jetés des dizaines d'Algériens sans preuve aucune. Un Zoghmati qui a donné à la justice algérienne la pleine signification de la "justice du téléphone"

Réhabilitation et dédommagement 

Cette affaire ne restera pas sans suite. Hichem Aboud compte saisir le premier magistrat du pays par écrit en lui faisant parvenir les pièces du dossiers qui prouvent de la manière la plus éclatante que l'affaire est montée de toute pièce et qu'elle n'est que la résultante du combat qu'il a mené durant de longues années contre ce qu'il est convenu d'appeler aujourd'hui "le gang" (la 3issaba). Sans réponse de la part du premier magistrat, il se tournera vers les instances internationales notamment les ONG de défnse des Droits de l'Homme pour obtenir la réhabilitation et le dédommagement du journaliste Abdessamie Abdelhaï et de ses deux compagnons.

Il est à rappeler que Hichem Aboud a été condamné à l'issue de l'audience du 5 février à 5 ans de prison ferme par contumace. Par contre Ali Haddad qui a été pris en flagrant délit de fuite à la frontière algéro-tunisienne a été condamné à une peine de 6 mois de prison ferme assortie d’une amende de 50.000 DA, à l’encontre de l’homme d’affaires Ali Haddad, poursuivi pour faux et usage de faux. Il avait en sa possession 2 passeports (ce qui est interdit par la loi) et une somme d'argent de près de 4.000 euros et 400.000 DA. Le procureur avait requis 18 mois de prison. Tandis que celui de Tébessa avait requis 20 ans contre Hichem Aboud et Abdessmie Abdelhaï. Au citoyen algérien de juger de l'équité de la justice de son pays.

Reste à savoir pourquoi le régime a tout fait pour interdire la parution des quotidiens "Mon Journal" et "Jaridati"?La réponse est là 


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