Réponse au ministre de la communication

Des journalistes libres répondent à Ammar Belhimer, le ministre de la communication

 Les menaces contre Liberté, 
un pas de trop dans la répression de la presse

13/07/2020

Les pratiques répressives s’accentuent depuis plusieurs mois, à l’encontre du « quatrième pouvoir » en Algérie, et nous amènent,  nous les journalistes signataires de cette déclaration, à dénoncer et à condamner  avec vigueur le contenu du communiqué diffusé ce samedi 11 juillet, par le ministère de la communication. Ce communiqué s’attaque directement au principe de la liberté de la presse en général et au quotidien « Liberté » en particulier. 

Depuis l’arrivée au pouvoir du Gouvernement de l’« Algérie nouvelle », la presse nationale vit ses pires moments à travers ce qu’on peut qualifier de période de « mise au pas et d’opacité ». En réalité, le harcèlement subi, aujourd’hui, par nombre de médias nationaux dont Liberté, est loin d’être un acte isolé. Ces pratiques  constituent une continuité de la politique de fermeture du champ médiatique, menée depuis quelques mois par le ministère de la communication : interdiction de toute  voix divergentes sur les chaines publiques, pression sur les chaines et la presse privées, justification de l’emprisonnement de journalistes pour des faits liés à leur profession (Khaled Drareni et Ali Djamal Tobal), censure de l’accès aux journaux électroniques algériens pour les résidents en Algérie (TSA, RadioM.info, Maghreb Emergent, Interlignes, ect..), mise sous contrôle judiciaire de professionnels pour des articles d’information (2 journalistes et le directeur de Sawt el Akhar) ; ce qui arrive aujourd’hui est un pas de plus dans l’escalade contre l’exercice du métier d’informer. 
Le ministre de la communication a « réprimandé » l’équipe de rédaction de Liberté et l’a menacé de peine d’emprisonnement allant jusqu’à cinq années, pour une investigation journalistique à propos de la situation du secteur de la santé. Une situation que la grande majorité des citoyens et spécialistes algériens s’accordent à qualifier de chaotique, gérée de manière anarchique. 

Nous soutenons, de notre coté,  nous journalistes signataires de cette déclaration,  le fruit du travail  professionnel  sur le terrain de nos confrères de Liberté. Nous rappelons que notre devoir et but est de rapporter la vérité à l’opinion publique nationale, sans chercher à l’embellir ou la maquiller pour satisfaire telle ou telle partie. La publication et la diffusion d’information relatives à l’actualité nationale est un droit constitutionnellement garanti au citoyen algérien (article 51). La presse nationale tente de faire en sorte que l’information soit accessible à l’opinion de façon régulière et instantanée.  il existe même un article de loi précisant les méthodes pour informer l’opinion publique en cas de catastrophes naturelles et/ou sanitaires . Au lieu de s’en prendre aux médias, le gouvernement et son ministre de la communication  seraient mieux avisé d’assurer un climat de transparence en permettant l’accès à toutes les informations liées au Covid-19 de manière régulière, sans distinction, pratique favorable à la confiance nécessaire pour faire face à cette crise sanitaire sans précédent. 

Nous exprimons, par ailleurs, notre vif regret, et notre refus total des tentatives d’ingérence du ministre de la communication dans le travail des journalistes. Nous refusons les injonctions d’« en haut » qui nous dictent ce que l’on peut diffuser ou pas. Le ministre de lit savoir que nous obéirons uniquement à notre conscience professionnelle et à la déontologie du métier a communication est, au final, un haut fonctionnaire de l’Etat chargé de l’organisation administrative du secteur, Il n’a, de ce fait, aucun droit de regard sur la ligne éditoriale des médias.  Il doqui nous oblige à la neutralité dans le traitement de l’information.

Nous exprimons par cette déclaration notre soutien sans réserve avec le quotidien Liberté et sa rédaction. Il existe d’autres moyens de résoudre les divergences de vue sur les enjeux de l’information. Nous appelons le gouvernement à reconsidérer sa politique de répression de la liberté de la presse et à développer avec les professionnels du secteur des dialogues constructifs. La censure, le blocage et l’exclusion ne font que renforcer notre détermination à libérer notre métier et à donner à la presse en Algérien le statut qui lui sied ; celui d’un acteur civique du changement par l’accomplissement du droit du citoyen à l’information.

Les menaces de Belhimer

Amar Belhimer, le ministre de la comunication du gouvernement Djerrad,  n’a pas digéré la Une du quotidien Liberté qui qualifié « d’échec total » la gestion de la situation sanitaire du pays.

Dans un long communiqué, diffusé intégralement par l’agence APS, le ministère qui cite nommément le journal met en garde « contre ce qu’il appelle la désinformation et le discours alarmiste de certains médias ».

« Le Président de la République, premier engagé et en première ligne dans la lutte contre la propagation et la prégnance du Coronavirus dans le pays a, lui-même, et sur la base de rapports documentés et consolidés, critiqué sévèrement la gestion gouvernementale du risque épidémiologique dans le pays. La critique présidentielle, tout comme la critique spécialisée ou citoyenne, fondée sur des faits tangibles et prouvés, est même un devoir citoyen », écrit le ministère dans ce communiqué.

Et d’ajouter : « Sauf quand elle est un prétexte facile pour certains journaux, et au premier chef pour le quotidien privé Liberté, pour jouer les Cassandre ». Pour le ministère, ce quotidien francophone « a joué aux Prophètes de mauvais augures en sur-dramatisant une situation épidémiologique déjà grave en soi dans un pays en guerre contre un ennemi invisible qui provoque partout dans le monde des dégâts incommensurables, comme en témoignent ailleurs des statistiques nettement plus dramatiques par rapport à la situation réelle en Algérie ».

« Dans son édition de ce samedi, le journal Liberté s’est distingué du reste de la presse nationale en consacrant sa ‘’Une’’ et trois pages en appui à la recrudescence des cas de la Covid-19 dans de nombreuses wilayas. Démarche choisie pour mieux adopter un ton alarmiste et catastrophiste de nature à faire peur à l’opinion publique et à la démoraliser outre mesure », estiment les rédacteurs de ce communiqué.

Le ministère se dit aussi choqué par le titre choisi par la rédaction de Liberté « échec total »« Pis encore, le journal tire lui-même un bilan d’échec total et sans appel, alors même que les spécialistes, qui sont les mieux placés car les plus crédibles, n’ont pas encore tiré le bilan définitif de la stratégie nationale de lutte contre le Coronavirus », lit-on dans ce communiqué. Comme à son habitude quand il s’agit de tirer sur la presse, le département d’Amar Belhimer invoque « leur souci de faire de l’audience à tout prix » comme s’il s’agissait d’un crime ou d’un délit.

Poursuivant son réquisitoire contre le journal, le ministère cite aussi « l’éditorialiste du journal, directeur de publication par intérim, qui utilise des vocables, des concepts et des mots propres à décrire un film d’épouvante ! ».

« Des mots tels que ‘’catastrophe’’, «chaotique », « hécatombe », sont utilisés pour mieux dénigrer, à l’extrême limite de la diffamation, la gestion gouvernementale de l’évolution du risque pandémique. Et le journal, qui publie des chiffres de décès sans les attribuer à des sources sanitaires dignes de foi et crédibles, bafoue allégrement les règles de l’éthique professionnelle.

Cette dernière oblige à publier des faits avérés, sourcés, donc fiables, et sur la base de ces mêmes faits réels, expliquer, éclairer et par conséquent critiquer sans dénigrer et sans diffamer », ajoute le même communiqué.

Il invite le journal « à respecter scrupuleusement ce qui représente l’essence même du métier de journaliste : à savoir que informer ne signifie pas déformer, et critiquer ne veut pas dire diffamer ». Encore moins assombrir davantage une situation épidémiologique déjà grave et démoraliser encore plus une opinion publique déjà éreintée par des mois de restrictions et de privations”.

Le communiqué du ministère de la communication est conclu avec une menace « d’appliquer la loi contre le journal ».

Pétition des journalistes libres
contre Ammar Belhimer

Une pétition est ouverte à tous les journalistes algériens libres, là où ils se trouvent, pour dénoncer l'escalade contre la liberté de la presse. 
Listes des 110 premiers signataires. 

 1-     Mohamed Lamine Meghnine 

2-      Tarik Hafid

3-      Mustapha Bendjama

4-      Ihsane El Kadi

5-      Lynda Abbou

6-      Narimane Mendil

7-      Abdelmadjid Benkaci

8-      Hafid Derradji

9-      Mahrez Rabia

10-   Bouchra Naamane

11-   Hichem Abboud

12-   Mohamed Lamine Moussaoui

13-   Mohamed Sidmou

14-   Kenza Khattou

15-   Aïssa Moussi                                   

16-   Meriem Abdou

17-   Farid Bouhatta

18-   Saïd Djaafer

19-   Aboubaker Khaled

20-   Rym Dellalou

21-   Mohamed Rahmani

22-   Roumaissa Bouzida

23-   Khelaf Benhadda

24-   Nahla Bekralas

25-   Majeda Zouine

26-   Smail Bouflih

27-   Lynda Nacer

28-   Ali Boukhlef

29-   Kheireddine Batache

30-   Jugurtha Ibersienne

31-   Abdelmoundji Khelladi

32-   Hocine Gasmi

33-   Lila Mokri

34-   Anis Hamza Chelouche

35-   Souhila Hammadi

36-   Hamid Goumrassa

37-   Abdenour Haouati

38-   Sabrina Aouina

39-   Hamdi Baala

40-   Zoheir Aberkane                                           

41-   Nedjoua Rahem                                            

42-   Nadia Madassi                                                

43-   Nabil Boughani                                                 

44-   Chouaïb Bouslama                                        

45-   Fares Boussekine                                          

46-   Feriel Madi                                                      

47-   Bouzid Ichalalene                                          

48-   Mustapha Bastami                                       

49-   Bilel Zehani                                                      

50-   Amira Khattou                                                

51-   Yahia Arkat                                                      

52-   Khemmali Mohamed                                  

53-   Djamel Saidouni                                            

54-   Samir Mouloud                                                              

55-   Randa Badrina                                                

56-   Smaïl Djerbal                                                   

57-   Massinissa Benlakehal                                

58-   Abderrahmane Berkati                                              

59-   Otman Lahiani

60-   Amira Boudjema

61-   Toufik Amrane

62-   Bilel Bouzidi

63-   Amel Mohandi

64-   Yacine Babouche

65-   Sonia Hamoumraoui

66-   Nabila Abada

67-   Mohamed Ouanoughene

68-   Hassan Moali

69-   Farah Abada

70-   Abdelkader Eddrief

71-   Madjid Madekhi

72-   Abdallah Benadouda

73-   Asma Benazouz

74-   Amine Idjer

75-   Karim Aimeur

76-   Nadir Iddir

77-   Lila Zaïmi

78-   Salim Mesbah

79-   Nabil Mansouri

80-   Younes Saadi

81-   Karim Kebir

82-   Fayçal Media

83-   Yaakoub Hadj Djilani

84-   Farid Cherada

85-   Abdessemad Titraoui

86-   Zineb Benzita

87-   Hamou Merzouk

88-   Fateh Benhammou

89-   Ramdane Tamani

90-   Mourad Bouguerra

91-   Hassina Bouchikh

92-   Samir Sid

93-   Cherfaoui Zine

94-   Saad Bouakba

95-   Moncef Aït Kaci

96-   Belkacem Malek

97-   Selma Kasmi

98-   Asma Laïd

99-   Meriem Ouali

100-                      Hamid Guemache

101-                      Abdelghani Aïchoun

102-                      Lounes Guemache

103-                      Sid Ahmed Semiane

104-                      Makhlouf Mehenni

105-                      Aouimer Imane

106-                      Abdou Hannou

107-                      Samira Bourbia

108-                      Said Mekla

109-                      Youcef Rezzoug

110-                      Abderrazek Merad

Pour ajouter vos noms à la pétition

création de site internet avec : www.quomodo.com