LOGO

Lettre de Hichem Aboud au Premier Ministre français

Lettre de Hichem Aboud au Premier Ministre français
Monsieur le premier ministre
Vous vous apprêtez à vous rendre en Algérie à la tête d'une forte délégation avec pour objectif promouvoir la coopération économique  et apaiser les tensions qui ont toujours marqué les relations entre les deux pays. Des objectifs que ne partagent, certainement pas, avec vous la partie algérienne.
Conscients de leur illégitimité à la tête de l'Etat les dirigeants algériens ont d'autres préoccupations dans lesquelles ils voudraient bien entraîner la France, ignorant que cette dernière est une république respectueuses des lois et des conventions internationales.
Il ne vous échappe pas, Monsieur le premier ministre, que la partie algérienne envisage d'ajouter, à l'ordre du jour des entretiens algéro-français, l'extradition de deux cyber activistes qui dérangent le régime d'Alger qui se distingue par ses multiples violations des Droits de l'Homme. Ces deux activistes sont Hicham ABOUD (auteur de cette lettre) et Amir BOUKHORS dit Amir DZ.
Que nous reproche le régime algérien ? notre dénonciation continue d'une politique qui a mis le pays en faillite et leur liberté de ton face à un pouvoir qui a érigé le mensonge, la répression et la corruption en système de gouvernance.
Après avoir multiplié, à mon encontre, les mandats d'arrêts internationaux sans succès, le régime d'Alger n'a rien trouvé d'autre accusation à me coller que celle de l'appartenance à un groupe terroriste. Un groupe qui compterait en son sein Amir Boukhors résident en France, Mohamed Larbi Zitout (résident en Grande Bretagne) et Mohamed Abdallah (résident en Espagne). Cette accusation collée avec une légèreté déconcertante contre des hommes connus pour leur activisme politique a suscité une grogne populaire contre le pouvoir en place. Une grogne exprimée dans les rues de toutes les villes du pays le 26 mars lors du 110ème vendredi du mouvement de contestation populaire dit "le Hirak".
Nos différentes vidéos diffusées sur YouTube sont là pour attester de notre discours pacifiste qui s'inscrit en droite ligne du Hirak. Aucun appel à la violence ni à la haine et surtout pas à l'action terroriste.
Ancien officier de l'armée algérienne (j'ai obtenu, à ma demande, une retraite anticipée en octobre 1992), j'étais le plus jeune rédacteur en chef dans la presse algérienne en dirigeant la revue El-Djeïch à l'âge de 24 ans avant d'occuper le poste de conseiller auprès du Directeur de la sécurité Militaire en charge du dossier du Moyen Orient et plus tard, Sous-Directeur de l'Evaluation et de l'Analyse à la Délégation Générale à la Documentation et à la Sécurité. Une fois libéré des obligations militaires, j'ai fondé le premier quotidien régional dans l'Est algérien en langue française au mois de décembre 1992. Onze mois plus tard, ce journal est suspendu 28 jours avant d'être repris de force par la mafia politico-militaire de la ville de Constantine. Quatre mois plus tard je mets sur la scène médiatique algérienne un nouveau quotidien , "Le Libre". Six mois plus tard, il est interdit de parution. Entretemps les procès pour délit de presse s'accumulent et je collectionne 4 condamnations à des peines de prison. Peu après l'interdiction du quotidien Le Libre, je crée "Le Libre Hebdo". Il est interdit de parution dès son premier numéro et je fus interdit d'exercer mon métier de journaliste pour lequel j'étais formé par l'université algérienne entre 1974et 1978.
Correspondant du "Quotidien de Paris" pour quelques mois et on me retire ma carte d'accréditation. Contraint à l'exil, je demande l'asile politique en France où je publie "La Mafia des Généraux".
Au mois de novembre 2011, à la faveur du printemps arabe je retourne en Algérie pour fonder le quotidien "Mon journal" en français et son pendant en langue arabe "Jaridati" en juin 2012. Moins d'un an plus tard, je suis poursuivi pour "Atteinte à la sécurité nationale, atteinte à l'intégrité territoriale et atteinte au bon fonctionnement des institutions de l'Etat pour avoir fait des déclarations à la presse internationale et notamment à France 24".
Je suis de nouveau contraint à l'exil et objet de plusieurs condamnations par contumace pour des délits imaginaires et dont le moins qu'on puisse dire sont des plus absurdes. Entre autres motifs de condamnation "l'émigration clandestine". Or, je suis détenteur d'un passeport algérien et d'une carte de séjour française d'une validité de 10 ans. Cela n'a pas empêché le tribunal de Tébessa (dans l'est algérien) de me condamner à 10 ans de prison par contumace. Autre condamnation et la plus récente émanant du tribunal de Chéraga (banlieue algéroise) est de 7 ans de prison pour atteinte au moral de l'armée et diffusion de documents militaires. De quoi s'agit-il au juste ? Il s'agit tout bonnement de la diffusion de documents d'une société appartenant au général à la retraite Khaled Nezzar à travers lesquels je démontrais preuve à l'appui le blanchiment d'argent et l'évasion de capitaux dont est coupable ce général retraité.
Condamné à 20 ans de prison par contumace, il rentre au pays à bord d'un avion présidentiel et ne se donne même pas la peine de faire opposition à sa condamnation. Son dossier est tout simplement classé comme l'a été son affaire de blanchiment d'argent, de fraude fiscale et d'évasion de capitaux pour lequel un mandat d'arrêt international a été émis par un tribunal algérien.
Autre cas de cette justice aux ordres : Celui du général à la retraite Mohamed Mediene dit Tewfik, patron des services secrets durant 25 ans. Après avoir été condamné à 15 ans de prison en première instance et en appel ? Il est acquitté à l’issue d’un procès organisé à la hâte en un jour de repos hebdomadaire.
C'est cette Algérie que vous allez visiter, Monsieur le Premier Ministre. Une Algérie où la torture est devenue une pratique courante et lorsque la victime déclare en plein tribunal qu'elle avait fait l'objet de viol de la part des militaires des services de la sécurité intérieure, ni le procureur général ni le président du tribunal ne réagissent. Le président de la république qui est aussi ministre de la défense et le chef d'État-major de l'armée dont dépendent les casernes où se pratique la torture n'expriment pas la moindre compassion à l'adresse des victimes. Ils n'ordonnent aucune enquête ou sanction contre les tortionnaires qui sont sous leurs ordres.
Ces dirigeants algériens, qui demandent l'inscription à l'ordre du jour de vos débats mon extradition et celle de Amir Boukhors, sont malheureusement ignares en matière du droit international et des conventions internationales qui interdisent toute extradition de personne vers les pays où se pratique la torture. Ils ignorent, aussi, que la France est le berceau des Droits de l'Homme et n'a jamais considéré la liberté d'opinion comme un délit.
Les dirigeants algériens ont du mal à reconnaître qu'ils ont mis leur pays en état de faillite et par conséquent ce sont eux qui ont besoin de la France et non pas le contraire pour qu'ils se permettent d'exercer des pressions sur elle.
Ceux qui demandent l'extradition d'hommes libres feraient mieux de laisser entrer au pays leurs concitoyens bloqués à l'aéroport Charles De Gaule Roissy depuis plus d'un mois alors qu'ils étaient en transit en provenance de Londres. Ils feraient mieux de récupérer ces milliers de jeunes algériens sans papiers contraints à l'exil faute de perspectives dans un pays qui recèle pourtant d'immenses richesse.
Tout en vous souhaitant un bon séjour en Algérie, je vous prie de croire, Monsieur, le premier ministre, en mon profond respect.
Hicham ABOUD
Journaliste algérien exilé en France
 
Capture
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Statuts 2
 
statuts 3
 
statuts 4